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POLLUSOLS sur la piste des polluants oubliés

D’où viennent les polluants ? Comment se propagent-ils dans la nature et jusqu’où vont-ils ? Quels sont leurs impacts ? Comment traiter les milieux pollués ? Voilà les quatre grandes questions que se posent les chercheurs de POLLUSOLS, le premier pôle de recherche français dédié aux pollutions diffuses.

Les polluants sont partout

Plus de 300 kilomètres : c’est la distance que parcourt le cadmium. Transporté de la mine de charbon de Decazeville dans l’Aveyron par les eaux de pluie, ce métal extrêmement toxique s’accumule dans les sédiments de l’estuaire de la Gironde et contamine les populations locales d’huîtres. Voilà un exemple type de pollution sur lequel pourraient se pencher les chercheurs de POLLUSOLS. Ces scientifiques sont spécialisés dans les polluants inorganiques : les métaux toxiques à faibles doses (plomb, mercure…), les oligo-éléments toxiques à fortes doses comme le cuivre et le zinc, les métaux radioactifs tels que l’uranium, etc. Tous s’intéressent à une problématique peu étudiée : celle des pollutions dites diffuses. « Contrairement aux pollutions ponctuelles, de très fortes concentrations et limitées dans l’espace, les pollutions diffuses sont de faibles concentrations, entre 200 et 500 milligrammes par kilo de sol pour le cuivre et le plomb, mais s’étendent sur des surfaces importantes pouvant atteindre plusieurs milliers d’hectares » explique Thierry Lebeau, enseignant-chercheur en microbiologie du sol à l’Université de Nantes et coordinateur de POLLUSOLS. Lancé en 2015, ce projet1 régional est porté par l’Observatoire des Sciences de l'Univers de Nantes Atlantique (OSUNA). Il s’agit du premier pôle de recherche français dédié aux pollutions diffuses. Une cinquantaine de biologistes, chimistes, physiciens, géologues ou encore des sociologues issus de 16 laboratoires2 collaborent au projet. Leur objectif ? Répondre à quatre grandes questions : quelles sont les sources des pollutions ? Comment les polluants se diffusent-ils dans la nature et jusqu’où vont-ils ? Quels sont leurs impacts sur l'environnement et la société ? Comment traiter les milieux pollués ? Actuellement, 5 thèses et une vingtaine d’études sont menées dans le cadre de POLLUSOLS. « Elles portent par exemple sur l’origine et le devenir du mercure en milieu côtier, l’étude des nouveaux polluants comme les platinoïdes, des métaux qui servent à améliorer la combustion des carburants » illustre le chercheur.

 

La culture de la vigne est l’un des principaux responsables de la pollution au cuivre.

La culture de la vigne est l’un des principaux responsables de la pollution au cuivre.

 

Parmi les sujets de recherche : les cycles des polluants. Leur origine, les lieux où ils s'accumulent et comment ils y parviennent. Ils examinent ainsi des échantillons de sol provenant de champs, de vignobles, d'anciennes mines, d’estuaires, de jardins urbains, de bords de route... « L'une des difficultés de la pollution diffuse c'est qu’elle a souvent plusieurs origines, indique Thierry Lebeau. Par exemple, le cuivre est rejeté dans la nature par les activités industrielles, le trafic routier et maritime, et les cultures viticoles. On cherche alors à connaître leur part respective de responsabilité. » D'autres études de POLLUSOLS visent à déterminer comment les pollutions se propagent. Le principal coupable identifié : l'eau. Le ruissellement de la pluie déplace des polluants comme l’uranium, le plomb ou le cuivre, parfois sur de très longues distances. Le vent et le trafic routier peuvent aussi être des responsables. Conséquence ? Les polluants sont partout. « On en trouve dans les nappes phréatiques, les fleuves et rivières, les estuaires, dans les sols des jardins... Certains finissent par s'accumuler dans les légumes et les organismes marins tels que les moules et les huîtres. » Des chercheurs en sciences humaines s'intéressent eux à la manière dont la société civile et la sphère politique perçoivent les zones polluées, notamment les anciennes mines d'uranium.

 

Dorine Bouquet fait partie des 5 doctorants qui réalisent leur thèse dans le cadre de POLLUSOLS.

Dorine Bouquet fait partie des 5 doctorants qui réalisent leur thèse dans le cadre de POLLUSOLS.

 

Mais, les chercheurs de POLLUSOLS s’attellent également à mettre au point des techniques de gestion de la pollution. « On s’intéresse particulièrement à la phytoremédiation, c’est-à-dire l’utilisation de plantes capables d’absorber les métaux du sol. C’est par exemple l’objet de la thèse de Dorine Bouquet qui utilise la moutarde brune pour extraire le plomb présent dans des potagers nantais. » D’autres scientifiques vont même plus loin. Utilisé comme complément alimentaire dans l’élevage porcin ou comme fongicide dans la viticulture, le cuivre se trouve en grosse quantité dans les sols des fermes et des vignes. Alors pourquoi ne pas l’extraire et le réutiliser ? « C’est l’objet d’une expérimentation que l’on mène avec la chambre d’agriculture de l’Yonne, révèle Thierry Lebeau. L’idée est d’utiliser des « phytoextracteurs » comestibles comme l’avoine qui, une fois chargés en cuivre, seront donnés à manger aux animaux. » Un cercle vertueux où rien ne se perd et, surtout, où aucun polluant ne se retrouve dans la nature…

 

1 POLLUSOLS est financé par le Conseil régional des Pays de la Loire, l’Université de Nantes et le CNRS (OSUNA, LPG, LEMNA), l'Ecole des Mines, le BRGM, l'IFSTTAR et l’IFREMER.
2 Laboratoire de Planétologie et géodynamique (LPG) ; Bureau de Recherche Géologiques et Minière (BRGM) ; Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer (IFREMER) ; Laboratoire de physique subatomique et des technologies associées (SUBATECH) ; Institut français des sciences et technologies des transports, de l'aménagement et des réseaux (IFSTTAR) ; Laboratoire d'Economie et de Management de Nantes-Atlantique (LEMNA) ; Laboratoire GEnie des Procédés Environnement - Agroalimentaire (GEPEA) ; Groupe de Recherche ANgevin en Économie et Management (GRANEM) ; Réseau Becquerel ; Laboratoire Chimie et Interdisciplinarité: Synthèse, Analyse, Modélisation (CEISAM) ; UMR Littoral, Environnement, Géomatique Télédétection (LETG) ; Laboratoire Mer Molécules Santé (MMS) ; Laboratoire de Psychologie des Pays de la Loire (LPPL) ; l'IRSTV (Institut de recherche en sciences et techniques de la ville) ; Unité EPHor d'Agrocampus Ouest ; Laboratoire des sciences de l’environnement marin (LEMAR).

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