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« Le bonheur est un droit qu’on doit revendiquer ! »

Comment le droit améliore-t-il le sort du citoyen et de la collectivité ? Quels sont les obstacles à la mise en œuvre d’un droit au bonheur ? Les réponses de Félicien Lemaire, professeur de droit public spécialisé en droit constitutionnel et droit des libertés fondamentales à l’Université d’Angers. Il pilote le projet juridique régional « BonDroit : Bonheur et Droit ».

« En tant que juriste, je m’intéresse à savoir comment le droit peut améliorer la vie en société » confie Félicien Lemaire. © Félicien Lemaire

Pourquoi s’intéresser aux relations entre le droit et le bonheur ?

Notre projet de société est fondé sur la satisfaction des besoins et du bien-être du plus grand nombre, sur la recherche du bonheur. Cette notion intéresse des disciplines comme la philosophie, la psychologie, l’histoire ou les sciences économiques qui tentent de la mesurer. Mais la notion de bonheur n’a jamais été analysée sous l’angle juridique. Elle figure pourtant dans le préambule de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, dans la déclaration d’indépendance américaine, dans la constitution du Japon, du Niger, du Bhoutan, de la Turquie... Malgré ces références, nous avons du mal à considérer le bonheur comme un droit qu’on peut revendiquer. Le projet régional BonDroit ambitionne donc de voir comment le droit peut rendre cette notion subjective et utopique plus concrète, voir quel sens elle prend dans la société. C’est un pari scientifique qui associe une quarantaine de juristes de droit public comme privé et des historiens du droit*. Il devrait aussi s’ouvrir à d’autres disciplines comme les neurosciences.

Comment étudiez-vous cette notion de bonheur ?
On s’intéresse notamment à l’application des lois existantes dans de nombreux domaines comme le logement, la santé ou l’environnement. Car tout nous ramène au bonheur. Dans le domaine du droit au travail et à la protection sociale par exemple, nous nous interrogeons sur les notions de bien-être et de qualité de vie au travail. Comment le droit peut-il contribuer à améliorer les relations entre salariés et entreprises, la santé au travail, l’articulation entre vie professionnelle et vie familiale, etc. Dans le domaine de l’éducation, nous allons aussi questionner des collégiens et lycéens pour recueillir leur vision du bonheur, car cette notion n’est pas envisagée de la même façon selon les générations. D’ici 2019, BonDroit va s’appuyer sur des études de terrain, des rencontres, des ateliers ou des formations avec des associations, des élus, des entreprises… Objectif de ces échanges : mettre en place des bonnes pratiques qui participeront au bonheur et au bien-être social dans la région Pays de la Loire et, pourquoi pas, au niveau national.
 

« Nous avons besoin de donner un sens nouveau au bonheur »

Que représente le bonheur à vos yeux ?
En tant que juriste, je m’intéresse à savoir comment le droit peut améliorer la vie en société. Beaucoup considèrent qu’il constitue un frein au bonheur, qu’il ne le satisfait pas. Mais il ne faut pas oublier la vertu de la loi : elle est à l’initiative de nombreux projets d’amélioration du quotidien. Il faut l’utiliser avant tout comme un outil pour atteindre des idéaux inscrits dans la constitution mais souvent oubliés. Par ailleurs, dans un contexte de morosité générale, de mutation de la société, de terrorisme et de difficultés économiques, nous avons besoin de donner un sens nouveau au bonheur. Et cette nouvelle trajectoire se dessine. Un Observatoire International du Bonheur a vu le jour en 2010 à Montpellier et, depuis 2011, l’ONU présente cette notion comme « une approche globale du développement ». La question est mûre. De plus en plus d’États sensibilisent leurs citoyens à une approche collective du bonheur et du bien-être.

* Issus notamment du GRANEM (Groupe de Recherche ANgevin en Économie et Management) ou des laboratoires DCS (Droit et Changement Social) et Thémis-UM

Kogito.fr

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